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La chapelle Saint Martin des Champs

Au moyen âge il y avait deux églises à Méré : Saint Denis, dans le Bourg actuel, et Saint Martin des Champs, desservies toutes les deux par le même curé. L’église de Saint Martin des Champs est de beaucoup la plus ancienne des deux. Elle est construite en schiste et granit entourée d’un cimetière. A l’extérieur, sur le mur Sud dans un abri se trouve une statue de Saint Martin, habillé en évêque. Au-dessus de la fenêtre ouest sur le linteau un visage d’homme est sculpté. La chapelle n’a qu’une seule porte d’entrée, elle est latérale et se trouve sur le côté Sud.

Deux légendes subsistent dans la mémoire des habitants sur cette chapelle.

Un jour, dit la première légende, deux voyageurs en passant près de la chapelle ont vu de la lumière à l’intérieur et par curiosité ils sont entrés. Ils ont vu un prêtre à genoux devant l’autel scandant «Dominus vobiscum». Les deux voyageurs se retirèrent en silence et sont allés alerter le curé du village de cette apparition. Le pasteur de Méré y a envoyé son bedeau, le brave Mesrouze, qui a couru en toute hâte dans la chapelle pour voir, accompagné de la moitié du village. En entrant dans l’église, il vit le prêtre dans la même position que les voyageurs lui avaient contée, et au « Dominus vobiscum » il a répondu machinalement «Et cum spiritu tuo». Le prêtre a célébré sa messe et Mesrouze lui a répondu à chaque fois comme la cérémonie le veut. Après le dernier évangile le revenant s’est retourné et a remercié le brave Mesrouze grâce à qui il a pu s’acquitter de la messe qu’il avait promis de célébrer encore de son vivant.

L’autre légende parle d’une Dame Blanche. Les gens du pays s’y sont tellement habitués avec le temps qu’ils n’avaient plus peur de passer par là la nuit. En disant « Range-toi !» à l’apparition celle-ci s’écartait de leur chemin. Une nuit un paysan passant par le cimetière a rencontré l’apparition entourée d’une vive clarté. Il a ôté son chapeau et avec respect il lui a demandé de faire place. La Dame Blanche surprise et flattée d’une telle attention à son égard, lui a répondu : « Passe, passe, ma lumière t’accompagnera jusqu’au bas des rocs ». C’est ainsi que le paysan a pu franchir à l’aise le passage difficile et rocheux appelé la brèche au Diable.

Visite guidée...

En entrant dans la nef nous nous trouvons en face d’une cheminée construite dans le mur Nord : il est très vraisemblable qu’un ermite habitait cette chapelle qui aurait été séparée en deux par un mur. Cette hypothèse est soutenue également par la présence d’un puits, dit la fontaine de Saint Martin, à seulement quelques pas de l’édifice. Elle est d’ailleurs réputée pour guérir certaines maladies comme la fièvre.

La cheminée est surmontée d’une peinture sur bois représentant le Tout-Puissant regardant la terre des cieux et tenant sa main gauche sur le globe terrestre. Ce panneau en bois en forme de demi-cercle, richement décoré sur les bords, est probablement le haut de l’ensemble du retable actuel, qui est le retable d’origine de l’église St Denis. Il a dû être installé ici par manque de hauteur dans le chœur lors de sa reconstruction.

Dans la nef on voit une statue en plâtre monochrome de Saint Antoine sur le mur ouest, tenant l’enfant Jésus assis sur la Bible dans son bras gauche, et avec l’habituelle branche de lys.

Avant le chœur, deux autels latéraux se trouvent, face à face, des deux côtés de l’allée centrale ; chaque autel est très simplement sculpté en granit. A gauche, on voit la statue en plâtre monochrome de Saint Martin, et à droite celle de la Vierge couronnée avec l’enfant.

L’autel et le retable en bois sont richement décorés : les portes menant à la sacristie sont parées d’un ornement végétal doré ; l’autel est peint en blanc et orné avec la même générosité d’ornements végétaux dorés. Le panneau en bois du retable, derrière la statue en plâtre polychrome de St Martin, habillé en évêque, est peint en trompe-l’œil marbré (marron, rouge, bleu, vert…). Deux colonnes cylindriques soutiennent le haut du retable et deux autres demi-colonnes carrées décorent encore le tout. Le cadre cintré de la statue de Saint Martin est peint en bleu foncé et décoré avec des fleurs. Le retable est encadré de deux tableaux en bois représentant deux scènes de la vie de Saint Martin : A droite est représentée la fameuse scène où Saint Martin, soldat romain originaire de Hongrie, rencontra par un hiver très rigoureux un mendiant à peine vêtu à la porte de la ville d’Amiens ; n’ayant plus rien à offrir, il a coupé en deux son manteau et en a offert la moitié au pauvre malheureux. Seulement la moitié, car dans l’armée, la perte de tout accessoire militaire équivalait à la peine de mort. Ce tableau, œuvre de C. Grohand, a été offert à l’église par Louis Denis et sa famille. A gauche, on le voit dépouillé de ses habits de soldat, qui se trouvent près de lui en tas ; il se consacre définitivement à faire connaître Jésus-Christ : celui-ci lui apparaît dans les cieux et les anges lui apportent le chapeau et la crosse d’évêque, qu’il deviendra en 371 à Tours.

Les quatre vitraux des fenêtres du chœur représentent
également des scènes de la vie de Saint Martin

Sur les deux fenêtres du côté nord on voit à gauche Saint Martin ressuscitant un enfant mort, et à droite Saint Martin voyant dans ses rêves Jésus qui le remerciait de son geste de charité envers le mendiant d’Amiens. Du côté sud, la fenêtre droite représente Saint Martin, évêque, célébrant une messe ; les vitres de la fenêtre gauche raconte de nouveau la très célèbre scène de charité : Saint Martin offrant la moitié de son manteau au mendiant.

Sur ce dernier vitrail nous pouvons lire le nom du maître verrier : Adeline Hébert-Stevens et la date de la création, 1964. Cette inscription est accompagnée de deux blasons, à droite celui de la Normandie, et à gauche un blason ressemblant à celui de la famille Radulph, actuel blason de la commune : « d’azur à la face d’or avec trois mollettes d’éperon de même ». Les vitres ont été réalisés alors que le blason officiel de la commune n’existait pas encore…


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